Les événements des dernières semaines au Proche orient, en Amazonie, ou même plus près de chez nous m’attristent grandement et me font beaucoup m’interroger sur le monde dans lequel nous vivons, sur la société dans laquelle grandissent nos enfants, sur la vie que nous leur proposons, sur l’avenir que nous leur construisons.
Je me pose régulièrement la question de l’influence que je peux avoir pour faire changer les choses, pour que ce monde connaisse plus de paix, plus de justice, plus de compassion, plus de générosité.
Je m’interroge sur l’héritage que je laisserai, que nous laisserons, aux générations futures.

Je constate chaque jour avec les personnes que j’accompagne -et dans ma propre vie- à quel point l’histoire de notre lignée joue un rôle essentiel dans nos vies. Les valeurs et traditions que nos grands pères et grand mères nous ont transmises définissent le canevas sur lequel se brode notre vie. Les multiples histoires qui emplissent notre héritage familiale constituent la boussole qui nous guide au quotidien.
D’un autre coté, le poids de cet héritage, que nous pouvons considérer comme des manquements ou des erreurs, parfois des crimes, restent souvent inscrit dans nos vies et peut nous limiter dans notre quotidien. Nos sociétés occidentales qui ont connu en un siècle 2 épisodes d’une barbarie indescriptibles regorgent d’histoires bien souvent lourdes à porter.L’amour ou la haine, la bravoure ou la pleutrerie, l’attention ou l’ignorance, la compassion ou la colère, les choix éclairés ou guidés par la peur qui caractérisent l’histoire de notre lignée ont un impact certain sur notre façon de voir le monde et sur nos vies d’aujourd’hui.
Et selon l’histoire sur laquelle nous choisissons de nous focaliser et de nous construire, nous créons la réalité de notre vie. C’est ainsi que la haine ou l’amour, la compétition ou la solidarité, la condamnation ou la compassion, peuvent se transmettre de générations en générations, et générer la justice sociale ou la guerre.

En Danse Medecine, nous accordons une grande importance à nos ancêtres. Nous les honorons, les remercions de nous avoir donné la vie, de nous avoir passé le flambeau. Nous savons que nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui grâce à ce qu’ils ont vécu, grâce à tout ce qu’ils nous ont transmis.Nous reconnaissons les cadeaux qu’ils nous ont fait, les valeurs qu’ils nous ont transmises, les histoires de vie qu’ils nous ont léguées. Et nous faisons le choix de faire le tri dans cet héritage : de l’accueillir avec amour et gratitude, en honorant et en continuant de transmettre ce qui nous fait grandir, ce qui rend notre vie plus belle, plus riche, plus vibrante… Nous reconnaissons également ce qui nous a été transmis et qui nous pèse, nous englue, nous empêche de vivre une vie libre et responsable. Et nous faisons le choix de le danser, de le regarder en face et de l’accueillir en conscience, afin de le transformer et de le reconnecter avec l’amour.
Nous partons du principe que nos ancêtres ont fait de leur mieux, qu’ils ont fait leurs choix du mieux qu’ils ont pu, pensant que c’était la seule solution, ou qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Nous essayons alors de transformer ce qui peut se manifester en nous comme de la colère, du jugement, de l’incompréhension, de l’amertume… en compassion. Nous choisissons de changer de perspective et de considérer notre héritage de façon lucide, éclairée et consciente, en faisant le tri de ce que nous gardons et ce que nous rendons. Et nous nous efforçons de faire la paix avec notre histoire et avec notre lignée. Pour être libre et devenir responsable de nos propres choix.

Et nous nous posons alors une question que je trouve d’une puissance exceptionnelle : « Quel genre d’ancêtre je veux être pour les générations futures ? Qu’est-ce que je veux transmettre ? Comment est ce que je souhaite que mes descendants et les générations futures se souviennent de moi ? »
A quelque niveau que ce soit, que ce soit auprès de ma famille, de mes amis, de mon voisinage, de ma communauté, de ma commune, de mon pays, du monde entier, quelle que soit la cause qui m’est chère, que ce soit l’amour, la liberté, la paix, la justice, l’écologie, la compassion, l’éducation, la générosité, la réussite, la puissance… Comment est ce que mon histoire de vie peut devenir non pas un fardeau mais une inspiration pour ceux qui suivront ? Comment est ce que je peux mener ma vie de telle façon que je n’ai pas à rougir de mon histoire lorsque les générations futures se souviendront de moi ?
Les histoires fondatrices que me racontent les personnes que j’accompagne parlent de moment simples: bien sûr il y a parfois des actes héroïques ou des destins hors du commun, mais il y a surtout des après midis de jardinage, des ballades en nature, des secrets de recettes de cuisines, des gâteaux préférés confectionnés avec amour, des soirées joyeuses, des fêtes de famille, des maisons familiales où l’on se ressource, des conversations sincères, des explications sur les mystères de la vie, des difficultés quotidiennes surmontées, des sourires et des fous rires, des chansons chantées pour s’endormir, des histoires racontées pour rêver ou apprendre, des petits ou grands cadeaux reçus, des musiques découvertes ensemble, de la foi transmise, des petits gestes de générosité ou de solidarité témoignés auprès de proches ou d’étrangers, des moments de vacances indolents, culturels ou sportifs, des passions partagées, de la confiance accordée, de l’amour offert sans condition, de la compréhension dans un moment délicat, du pardon, du respect, des encouragements, de l’écoute, du silence confortable et bienvenu… C’est cela dont on se souvient, c’est cela qui nous construit, c’est cela qui pose les fondation des êtres humains que nous sommes devenus.

Il ne s’agit pas d’avoir une vie remarquable, de faire de grandes choses et de s’assurer une place dans les encyclopédies du futur. Il s’agit plutôt d’aligner au quotidien notre vie avec les valeurs qui sont importantes pour nous. En posant des actes concrets, aussi insignifiants qu’ils puissent paraître, qui incarnent ce qui est essentiel à nos yeux. Et qui nous permettent de partager généreusement le meilleur de nous même.